La Garenne
La Garenne

Si ma maison se trouve à « La Perrière », mon garage est planté à « La Garenne ». On conserve toujours un peu d’enfance dans la tête. Dans la mienne, une garenne c’est un coin de campagne, un taillis parfois, où la nuit venue, cabriolent en liberté un tas de lapins. Des lapins, de garenne forcément, des lapins façon Beatrix Potter ou Benjamin Rabier. Ma garenne, c’est un paradis pour Jeannot Lapin et les siens. Las ! Des lapins, j’ai en vu quelques traces, mais à part ça, macache !

D’autres ont pensé les choses différemment. Une garenne, au temps des châteaux et des seigneurs, c’est une chasse gardée. Pas étonnant que « La Garenne » se situe sur ma butte, au dessus du castel du Gros-Chigy. Mais les choses ont changé, avec le temps. Jusqu’aux années soixante des vignes entouraient ma maison. J’aime bien cette idée. Mon grand-père faisait son vin dans son cuvage du Forez. Rien que d’en parler, je peux sentir le parfum de sa cave et de ses fûts !

« La Garenne », celle du Gros-Chigy, ce n’est pas seulement cela. Je viens d’apprendre un évènement ancien qui s’y est déroulé. Vers le milieu du XIXe siècle, au moment où on a décidé de planter des vignes à La Garenne, on a découvert un cimetière mérovingien*. On a mis à jour pas moins de deux cents tombes ! Avec, bien entendu, une flopée d’objets artisanaux d’époque. Les mérovingiens, ça ne date pas d’hier et le Gros Chigy en a pris un coup de vieux. Ça m’a fait tout drôle.

Ceci-dit, on aurait pu les laisser en paix, ces gens-là. Ils étaient là, tranquilles, depuis douze ou treize siècle. Ils n’emmerdaient personne, et voilà qu’un méchant coup de pioche les déloge. Mais que voulez-vous ? Dans nos cimetières aussi, on élimine les tombes oubliées depuis trop longtemps.

Je ne sais pas trop ce qu’on a fait d’eux, les mérovingiens je veux dire, et de leurs affaires, mais je me renseignerai. Et je vous tiendrai au courant.

JD, avril 2019

* Cf : https://wiki-macon-sud-bourgogne.fr/index.php?title=Saint-Andr%C3%A9-le-D%C3%A9sert

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