Je fus ravi d’apprendre, un beau jour, grâce à Paul et René, que la ligne de partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée, traverse Saint-André-le-Désert, certes à la limite de la commune, mais elle est bien là ! Quand on vit en Saône-et-Loire, on peut se douter que les cours d’eau se répartissent in fine entre ouest et sud, entre le delta du Rhône et l’estuaire de la Loire. Mais sur quel ru poser son petit bateau de papier pour qu’il navigue jusqu’à Saint-Nazaire ou bien de l’autre côté, jusqu’en Camargue ?

Quand j’étais gosse, la première fois qu’on m’a parlé d’une ligne de partage des eaux, j’ai imaginé un truc façon Moïse déchirant les eaux de la Mer Rouge, comme dans « Les dix commandements », un film que j’avais vu à sept ou huit ans. Sur place, j’ai été franchement déçu. Il n’y avait rien de grandiose à contempler. Et d’ailleurs, même pas une goutte d’eau.

Il faut pouvoir se représenter le monde au-delà du paysage, il faut connaître un peu de géographie, avant de trouver quelque attrait au franchissement de cette ligne imaginaire.

Quoi qu’il en soit, sur cette petite route de Sainte-Colombe, au sommet d’une butte, à cent mètres environ de l’embranchement avec la route de La Guiche, on culmine à 469 m. C’est là qu’on franchit la ligne. En contrebas de la butte, se trouve, à l’est, la source de la Galandise : direction Saône et Méditerranée ; au sud-ouest, de l’autre côté de la route de La Guiche, le hameau de L’Arenesse, où des ruisseaux prennent naissance et rejoignent la Recordaine : direction Loire et Atlantique.

René et Paul m’ont expliqué que sur la commune, on franchit la ligne de partage des eaux du côté de « Sainte-Colombe », vers « Les Garroux ». Carte de l’IGN en main, je m’y suis rendu, et pour un peu, j’aurais été déçu, comme quand j’étais môme. Je ne sais pas ce que j’espérais cette fois, un petit panneau peut-être, histoire de marquer le coup. Mais il ne peut y avoir une pancarte plantée sur tous les chemins, sur toutes les routes, qui franchissent cette fichue ligne du nord au sud du département.

Je suis retourné là-haut, sur la route de Sainte-Colombe, avec un arrosoir à demi-plein. J’ai versé un peu d’eau côté Atlantique, puis un peu côté Méditerranée.

Il ne faut pas se priver d’un clin d’œil à l’enfant qui sommeille en soi.

JD, 2019

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