Pour me ‘dérouiller’ les jambes et vider la tête je décide ce dimanche matin de mai d’aller faire une petite marche, pas plus que ça. Il fait agréablement frais. En consultant le «calendrier des randonnées» de notre 71ème département, je trouve à Saint Gengoux un parcours de 9 kilomètres. Parfait. Depuis Saint André j’arrive en vingt minutes avant neuf heures à l’inscription. Je reçois mon ticket avec un numéro de portable au cas où et c’est tout. Donc je demande: «Vous avez le plan de mon parcours?» «Il n’y a pas de plan pour les neuf kilomètres, madame.Le parcours est très simple et bien indiqué. Vous suivez les flèches jaunes sur le sol ou sur un petit panneau et voilà»

Je rouspète parce que c’est la première fois que je vais faire une randonnée sans un plan et manque de pot j’ai pas non plus avec moi la carte IGN que j’emmène toujours.

«Et si je me perds?» On répondit à ma question par un regard qui voulait dire que seulement une personne qui avait perdu la tête pourrait se perdre. Avec cette attitude encourageante, c’est facile de comprendre que je me sens rassurée… Je sors du local, à la recherche de la flèche jaune.

Il y a un beau soleil et un petit vent frais, excellents ingrédients pour une marche. Je suis les flèches dans les rues du centre comme toute une foule. Ils semblent tous aller faire le même parcours, mais quand on sort du bourg, le groupe de la flèche jaune devient plus petit, quoique toujours important. Beaucoup de familles avec des jeunes. Et ça papote à cœur joie…

Je trouve mon rythme, j’inspire l’air frais du matin, je m’arrête pour regarder le paysage et pour prendre par-ci et par-là des photos: les genêts en plein floraison sont magnifiques. La combinaison de ce jaune lumineux avec la fraîcheur verte des arbres printaniers donne un cadre magique. Bref, je me suis arrêtée un bon moment dans le bois et je me rends compte qu’il n’y a plus personne, ni devant moi ni derrière moi. Les flèches jaunes me font un clin d’œil et moi je les suis, toujours d’un pas léger.

Je pense, c’est génial ce système qui n’existe pas en Hollande. Des parcours bien signalisés et en plus au choix: parfois quatre différents parcours à faire, d’une moyenne de 5 à 25 kilomètres pour les marcheurs et souvent il y a aussi des parcours pour les VTT, comme c’est le cas aujourd’hui. L’avantage est qu’il n’est pas nécessaire de faire la marche en groupe. On peut se promener tout seul sans soucis et en sécurité, à cause de l’affluence constante d’autres randonneurs.

Cela dit, je me demande pourquoi il n’arrive pas d’autres gens derrière moi. Juste à ce moment je vois un homme petit de taille à VTT et je lui demande pour la route, parce que je ne vois plus une simple flèche jaune. Ce que j’ai sous les yeux est une flèche jaune et il y a un «j» dessus avec une boule rouge et bleue. Avec son doigt il signale le «j» et dit: «Vous voyez, le «j» veut dire jaune, donc c’est ça que vous devez suivre. Et il disparaît sur son vélo dans le bois, avant que j’ai pu le remercier.

J’arrive après presque 7 kilomètres à Saint Maurice des Champs, où il y a le ravito. Après avoir pris à grignoter et à boire, je continue la marche pour les derniers kilomètres. Bon, de toute façon, c’est ça que je pense. Je traverse une belle diversité de paysages, vignobles, chaumes, des sous-bois… mais rien indique que je suis près de Saint Gengoux et je devrais déjà largement l’être… Quoique un petit doute entre dans ma tête, je ne veux pas me laisser décourager. Je suis le «j» et les boules bicolores sur la flèche jaune. Jusqu’à ce que j’arrive à une patte d’oie. Un panneau dit que l’endroit s’appelle «La Croix». J’ai suivi des kilomètres les deux boules sur la même flèche jaune avec son «j», mais maintenant il y a un vrai souci: la flèche jaune avec seulement la boule bleue indique le chemin à gauche et la flèche avec la boule rouge indique le chemin à droit… J’ai déjà marché 10 kilomètres, me marque mon podomètre, et je suis près de Saint Martin du Tartre…et pas de Saint Gengoux??! Voilà, je me suis perdue entre tous ces saints…!

Donc j’appelle les organisateurs pour qu’ils me donnent des instructions. J’essaye de faire comprendre où je me trouve, donnant les noms que je vois sur le panneau et en disant que la patte d’oie s’appelle «La Croix», mais la personne de l’autre côté de la ligne dit qu’il ne comprends pas du tout où je suis. Il me demande de le rappeler dans cinq minutes, il va chercher sur la carte. Je lui demande son nom, pour qu’on me donne la bonne personne quand je rappellerai: «Aventurier» il me dit, tout sérieux. C’est pas vrai…! Il ne manquait plus que cela! Avec un tel nom il ne va pas pouvoir m’aider… Et effectivement, quand je rappelle, il me dit qu’il n’a pas pu trouver l’endroit «La Croix» sur le parcours et la seule solution qu’il me donne est de faire demi-tour, retourner d’où je suis venue et demander là-bas. «Je suis désolé, madame» sont les mots qui m’accompagnent pendant que je refais les quatre kilomètres avec un soleil de midi brûlant sur ma tête. De retour à Saint Maurice, les gens du point de ravito me regardent très surpris. Après mon explication, ils offrent de m’emmener en voiture pour le retour à Saint Gengoux. La moindre de choses après avoir dû faire quatorze kilomètres involontairement grâce à un nain en vélo et un organisateur avec un drôle de nom.

Hannamaria Berkelmans
le 21 mai 2019.

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